Olivier Brossard

Article de Yoann Barbereau consacré à "Parties du corps de Bill Berkson" dans Place publique Nantes/Saint-Nazaire

Revue Place publique Nantes/Saint-Nazaire

Parties du corps


Après Frank O’Hara et Ron Padgett, c’est à nouveau un poète associé à l’école de New York que publient les éditions Joca Seria au sein de leur collection américaine : Bill Berkson. Le livre prend cette fois la forme d’une anthologie rassemblant cinquante années de création poétique (1960-2010). Les poèmes de Parties du corps sont pour la plupart tirés de Portrait and Dream (Coffee House Press, 2009) qui a remporté le prix Balcones du meilleur livre de poésie 2010. Une postface éclairante, signée Olivier Brossard (directeur de la collection), permet de prendre connaissance de la petite histoire de l’auteur tout en accédant au texte, à sa logique et ses manières, depuis l’intérieur de l’édifice. On pourra aussi commencer par le court entretien datant de 1988 et reproduit à la fin du livre, où l’on découvre un homme caustique et clairvoyant (« à une époque où la poésie est chose non entendue, chose n’ayant aucune existence publique, je me demande ce que cela doit faire pour quelqu’un de vingt ou vingt-huit ans qui s’y met maintenant, avec tout ce vide autour »).
Né en 1939 à New York, Bill Berkson a donc baigné, comme tous ses amis poètes, dans la peinture de Pollock, de Kooning, Mitchell, Guston et quelques autres. À l’époque, comme à tous, le constat s’est imposé à lui : « les écrivains et les musiciens sont dans le bateau, mais pas au gouvernail ». Cela ne fut pas pour lui déplaire, puisque son œuvre s’est largement écrite et continue de s’écrire dans la proximité et même parfois la collaboration avec peintres et artistes (Joe Brainard, Alex Katz, George Schneeman entre autres). En parallèle à sa production poétique, Bill Berkson a d’ailleurs donné quantité de textes sur l’art qui ont été rassemblé en trois volumes conséquents.
Parties du corps est le titre d’un poème fait de fragments épars. Bill Berkson assigne à la poésie « le rôle de rendre compte de la subtilité du corps humain, explique Olivier Brossard, et, notamment de son embarras : le corps est un corps embarrassant parce qu’il prend de la place […] et parce qu’il m’offre à la vue d’autrui et m’oblige ainsi à me demander comment je vais (me) présenter. » Si Parties du corps est aussi le titre de l’anthologie, c’est sans doute que l’ensemble constitue comme un journal poétique fragmentaire, une présentation, comme les traces lacunaires d’un corps à travers les années, le relevé sous diverses formes (poèmes narratifs ou « abstraits », réflexifs, visuels ou auditifs, longs ou lapidaires…) d’« états dispersés » qui finissent bizarrement par constituer un chant. Corps du texte, corps physique, corps du langage, corps du monde, « ça fait énormément de corps, tout ça », comme dirait l’autre (Barthes cité par Olivier Brossard dans sa postface)… L’écriture de Bill Berkson est disjonctive, il le dit lui-même, elle est « scatterbrained », écervelée, avec ici et là des morceaux étalés. « Le puzzle ne s’approprie pas », dit un poème. Impossible d’en venir à bout, nous sommes seuls avec les morceaux. Rien de tragique à cela pour autant, nous souffle Bill Berkson. Reste à s’emparer de ce qu’on pourra, à jouer, jongler et danser avec les éléments qu’on aura eu la chance de saisir. Attrapons un poème presque au hasard. Celui-ci s’intitule Chaloff (du nom d’un célèbre saxophoniste jazz), il s’achève ainsi :
Mais banquises si distantes tournent en dérision le présent continu.
Contre le vif, le vague, sa brindille vernie
s’agite, cajole et gémit,
arpentant une pression importée que la rosée babille.
Quelle brindille retient la nuit ?
Qui est seulement catastrophique ?
Le monde et ses fêlures ?
Désir, occlusion, force,
pratique des prélèvements les plus tendres, qui par à-coups pliaient
des perles.

Yoann Barbereau

Bill Berkson, Parties du corps – Poèmes 1960-2010, traduit de l’américain par Olivier Brossard et Ron Padgett, postface d’Olivier Brossard, Joca Seria, 158 p., 15 €.

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Lectures de Bill Berkson en France

A l’occasion de la parution de Parties du corps
aux éditions joca seria
Bill Berkson
vient en France pour une série de lectures publiques

BillBerksonportrait

- le 2 avril à la Maison de la poésie de Paris à 20h30
dans le cadre du colloque « Collaboration and the Artist's Book: A Transatlantic Perspective »
http://www.maisondelapoesieparis.com/index.php?ssrub=8&url=spectacle/spectacle.php&cle=80
Grande salle de la Maison de la Poésie
Passage Molière 157, rue Saint-Martin 75003 Paris


- le 4 avril au fumoir du China à Paris à 19 heures
en compagnie de Gwenaëlle Stubbe
à l’invitation de
Double Change
China 50, rue de Charenton 75012 Paris
http://doublechange.org/2011/03/24/04-04-11-bill-berkson-gwenaelle-stubbe


- le 6 avril à l’Atelier Bastille à Nantes à 19 heures
Atelier d’Eric Fonteneau 47 rue de la Bastille, Nantes.


couvberkson

Parties du corps de Bill Berkson
traduit de l’américain par Omar Berrada, Vincent Broqua, Olivier Brossard,
Abigail Lang, Clément Oudart, Martin Richet, Béatrice Trotignon
http://www.jocaseria.fr/Catalogues/Livres/Fiche%20livre/partieducorps.html



"Les poèmes de Bill Berkson sont délicieux, choquants et surprenants à souhait. On se trouve « retourné », pour ainsi dire, par ces qualités dépareillées qui s’accordent ici si bien et qui forcent le lecteur à relire les poèmes pour voir ce qui ne va pas. Rien, en fait ; et on découvre que Berkson a trouvé une nouvelle façon de tout faire aller bien. Ou, comme le dit Ron Padgett, « l’écriture de Bill Berkson est spirituelle, musicale, aussi quotidienne que profonde, portée par une intégrité vivifiante et traversée de somptueuses abstractions et autres merveilleuses connections entre œil, oreille, esprit et cœur. » Peut-être que sa poésie en est arrivée là parce qu’elle s’écrit jour après jour, ou semaine après semaine depuis bientôt quarante ans maintenant. La poésie ne dévie jamais du sujet principal qu’elle semble s’être choisi, à savoir la richesse et l’extraordinaire des choses, quand elles ont du sens et quand elles n’en ont pas. Si elles n’en ont pas, c’est une occasion en or de leur trouver un nouveau sens ; c’est donc un sujet illimité puisque les réponses sont des poèmes et non pas des bombes qui élimineraient toute les belles choses partout en observation. Parmi ces choses, la langue anglaise à qui Berkson fait faire une bonne dose d’exercice. Souvent même, on a le rare privilège d’eantendre ce qui se dit en même temps que la façon particulière de le dire, pour notre plus grand bonheur."   Kenneth Koch, mars 2001.


Auteur de nombreux livres de poésie, critique d’art et commissaire d’exposition, Bill BERKSON est né à New York en 1939. Associé à l’école de New York, Bill Berkson a collaboré avec Frank O’Hara (Hymns of St. Bridget & Other Writings) et avec de nombreux artistes (Joe Brainard, Alex Katz, George Schneeman entre autres). Les écrits sur l’art de Bill Berkson ont été rassemblés en trois livres, The Sweet Singer of Modernism & Other Art Writings (Qua Books, 2004), Sudden Address: Selected Lectures 1981-2006 (Cuneiform Press, 2007) etFor The Ordinary Artist (Blaze Vox Books, 2010). Les poèmes de Parties du corps sont pour la plupart tirés de Portrait and Dream (Coffee House Press, 2009) qui a remporté le prix Balconesdu meilleur livre de poésie 2010. Bill Berkson vit à San Francisco, en Californie.

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