éditions joca seria littérature et art






Bernard Comment





Bernard Comment est né en 1960, en Suisse. Romancier, (dernier livre paru : Un poisson hors de l’eau, 2004 au Seuil), essayiste, critique, éditeur (dirige la collection Fiction & Cie au Seuil), coscénariste avec Alain Tanner et traducteur d’Antonio Tabucchi.



aux éditions Joca Seria



Triptyque de l'ongle
Bernard Comment
roman
128 pages / format 13 x 20 cm / 15 €
ISBN 978-2-84809-092-4
Illustrations couleur de Groune de Chouque
Postface d'Antonio Tabucchi

New York 2008 – Rome 1994 – Gênes 1995.
La performance d'un artiste contemporain s'exerce sur des chômeurs en fin de droit. Une fable extrêmement glaçante, qui s’en prend à l‘époque, à travers le prisme du directeur d'une institution française à l'étranger, d'une figurante à New York et de l'artiste lui-même.
Travailler plus mais pour gagner quoi ?
Bernard Comment est né en 1960, en Suisse. Romancier, (dernier livre paru :
Un poisson hors de l’eau, 2004 au Seuil), essayiste, critique, éditeur (dirige la collection Fiction & Cie au Seuil), coscénariste avec Alain Tanner et traducteur d’Antonio Tabucchi.





Presse

Art Press

juillet août 2008

Dès son titre, ce livre intrigue : qu'est-ce qu'un triptyque de l'ongle ? pourquoi mettre sur le même plan un terme pictural et l'ongle, cette matière dure qui nous pousse au bout des doigts ? L'ongle est le fil rouge de ce livre constitué de trois récits, chacun étant caractérisé par un narrateur, une ville et une année : une figurante épuisée à New York en 2007, un directeur d'institut à Rome en 1994 et un artiste à Gênes en 1995. L'ongle est une figure obsédante chez Bernard Comment, déjà présente dans un récit de 1997 intitulés
L'Ongle noir. Oui, l'ongle peut être noir, entre régénérescence et pourriture, symptôme d'un devenir incertain : « C'est bizarre un ongle. on ne sait pas très bien si c'est vivant, ou déjà de la matière morte. » En tout cas, avec Comment, l'ongle est toujours incarné. C'est la métaphore de quelque chose qui ne tourne pas rond, de ce qui s'immisce sous la peau et peut faire très mal… C'est avec une ironie mordante que l'auteur décrit un monde artistique apocalyptique où un artiste tape sur les ongles des chômeurs avec un marteau. dans une langue vive et nerveuse, Comment nous invite à parcourir ce « Lego verbal », comme le commente Antonio Tabuchi dans la postface, un labyrinthe qui demande une capacité d'imagination de la part du lecteur, à qui il revient de se laisser aller à l'association d'idées dans un monde opaque
Il en va de même pour les illustrations d'une série de Groune de Chouque intitulée
Ongle en séries, entre abstraction et figuration. Ces illustrations ponctuent le texte, lui font écho, en lui donnant un niveau de sens supplémentaire, surtout si l'on connaît cette artiste suisse dont l'œuvre est une entreprise de récupération de déchets en tout genre. Et pourquoi pas des ongles ?
Léa Bismuth



Le Temps
Statues vivantes

Art, imposture, mépris des individus: Bernard Comment dénonce par l'ironie les dérives de l'art.

Dix chômeurs, posés côte à côte: statues animées, ils forment la matière première d'une installation d'art contemporain qui voyage à travers le monde. Il s'agit d'une œuvre en évolution: le soir du vernissage, l'artiste assène un coup de marteau sur dix orteils, un par élément vivant. Puis, les ongles noircissent et tombent. Quand chaque fragment de cette sculpture humaine aura perdu le sien, la performance au long cours sera terminée. Elle recommencera ailleurs avec une nouvelle équipe.
En 1997, Bernard Comment publiait, aux Editions 1001 Nuits, sous le titre L'Ongle noir, le monologue intérieur d'une de ces statues. Il reprend aujourd'hui cette fable mais en triptyque, enrichie de deux volets. Et très joliment éditée: neuf œuvres de l'artiste Groune de Chouque, conçues pour le livre, rythment l'évolution du matériau humain.
Premier volet: New York, 2007: l'œuvre vue par l'une de ses composantes. Les chômeurs sont là depuis 27 jours. La durée de leur séjour est aléatoire, bien sûr: en moyenne, une quarantaine de jours. Pour des «fin de droits», une aubaine: nourris, logés, un peu payés. Voilà qui compense l'ennui, la gêne d'être exhibé, réifié. En contrepartie, on voyage, on se fait des amis. Deuxième volet: Rome, 1994. Le directeur d'un institut culturel français ronchonne en son for intérieur (on imagine sans peine la Villa Médicis, objet des convoitises, exil doré des intellectuels et des politiciens en fin de carrière). Il n'ose pas protester de peur de passer pour un philistin. Mais le matériau humain pose des problèmes d'intendance encombrants et dispendieux (les chômeurs ont bon appétit). Troisième volet: Gênes, 1995 (après Rome et Paris). L'artiste d'origine suisse Bernard Wiewann (!) tient son Journal. Il a bien du souci, ses statues ont des exigences qui le mettent mal à l'aise, la presse soulève des questions de droits humains. Happening, installation, body art: comment classer l'œuvre? Le créateur est déjà ailleurs, ces contingences le fatiguent.
Dans sa postface, Antonio Tabucchi tire la morale de la fable: «Comme défense et sentinelle, comme «anticorps» au pire qu'il y a en nous, [...] il restait toujours l'art.» Mais «la vérité de l'art a fait naufrage». Bernard Comment a le sens de la fable. Il manie habilement l'ironie pour signaler à la fois certaines dérives de l'art contemporain, la prétention à faire œuvre sociale alliée au mépris des individus, l'aveuglement «politiquement correct» des institutions et de la critique, incapables de déceler quand le roi est nu.

Isabelle Rüf, Samedi 17 mai 2008

Titre: Triptyque de l'ongle. Avec neuf œuvres de Groune de Chouque
Auteur: Bernard Comment (2 livres chroniqués)
Editeur: Joca Seria
Autres informations: Postface d'Antonio Tabucchi. 124 p.




Place publique #9

mai 2008

Prenez dix chômeurs pieds nus et en fin de droits, un marteau à manche de bois, un artiste conceptuel, un musée. Vous juchez les chômeurs sur des socles où ils resteront immobiles pendant la durée de l’exposition. Le soir du vernissage, l’artiste conceptuel donnera un coup sec de marteau sur l’ongle d’un orteil de chacun des dix chômeurs. L’exposition prendra fin, des jours et des jours plus tard, quand le dernier ongle noirci sera tombé. Entre temps, on se sera extasié et gravement interrogé.
Ce petit livre de Bernard Comment vous reste longtemps dans la tête comme un cauchemar obsédant. Il a dû suffisamment préoccuper l’auteur pour qu’il revienne plusieurs fois sur le sujet. Au début, il y avait le monologue du directeur d’une institution culturelle française à Rome (Comment fut pensionnaire de la Villa Médicis), paru, en 1997, chez Mille et une nuits, sous le titre L’Ongle noir. Ce récit s’est étoffé : il est désormais encadré de deux autres monologues : celui d’une chômeuse, « exposée » à New York ; celui de l’artiste lui-même, lors de la présentation de son « œuvre » à Gênes. Le tout forme bien un Trityque de l’ongle.
Bernard Comment est une personnalité culturelle de premier plan. Il dirige la prestigieuse collection Fiction et Cie aux Editions du Seuil. Son père Jean-François Comment fut un peintre important. Son épouse peint aussi sous le pseudonyme de Groune de Chouque ; neuf de ses œuvres sont reproduites dans ce volume. « C’est étonnant ce qu’on présente comme art aujourd’hui », se surprend à murmurer le directeur d’institution culturelle. Eh bien, cet étonnement que partage Bernard Comment vient de l’intérieur de ce milieu qu’il connaît intimement. Ce qui donne d’autant plus de force aux constats qui parsèment le livre : « Le sur-place n’intéresse plus personne. Et la rêverie ou la contemplation encore moins. Il faut des événements, des coups. » Ou bien : « L’époque vit dans une grande confusion entre la réalité et son image. »
Ne prenons pas pour autant le Trityque pour un pamphlet ou une étude sur l’art contemporain. Il s’agit plutôt d’une fable récitée d’une voix blanche, d’une fable sans morale. La morale, c’est le grand écrivain italien Antonio Tabucchi (dont Comment est le traducteur) qui se charge de la tirer dans une postface : la bêtise n’est pas une invention récente, mais toujours l’art s’est dressé contre elle. Face à la décadence romaine, Pétrone ; à Napoléon III, Courbet ; aux nazis, Picasso ; à Mc Carthy, Pollock. Mais aujourd’hui ? « Le système social confie précisément à l’art le « privilège » d’assassiner l’intelligence », tranche Tabucchi.
Les triptyques d’antan, ces chefs-d’œuvre de peinture sacrée, restaient le plus souvent fermés. On ne les ouvrait que « pour les occasions solennelles », à des fins « d’exorcisme face au diabolique qui nous menace. » Eh bien, conclut Tabucchi, « à la fin de ce livre, une fois le triptyque ouvert, le « diabolique » actuel, privé de la grandeur de Satan, mais plus sournois et plus robuste car devenu lieu commun global, montre son vrai visage. Orate fratres. »
La prière suffira-t-elle ?

T.G.